SCIENCE & FOI 6 : D'où vient le conflit ?
Beaucoup d’hommes de science renommés étaient ou sont croyants. Copernic, Galilée, Newton, Einstein pour ne citer que les plus connus, étaient croyants. Mais cela est-il l’apanage des scientifiques du passé ? « Aujourd’hui, la communauté scientifique méprise tellement la foi, qu’il existe une répugnance à se révéler soi-même comme croyant, car l’opprobre est sévère. »11 disait un cosmologiste au journal Newsweek. Aujourd’hui, pour être reconnu en tant que scientifique, il vaut mieux éviter les raisonnements métaphysiques. C’est ce que le biologiste Van Bruecke pense : « au fond, la finalité12 est une dame sans laquelle aucun biologiste ne peut vivre, mais qu’il est honteux de montrer avec lui en public »13.
D’où vient cette attitude de dédain entre science et religion ? L’homme, depuis qu’il a été doté de la pensée, se heurte à la question de la vie et de la mort (et d’autres question métaphysiques). Il est le seul parmi la création vivante à enterrer ses morts. En réalité il pense à la mort, il pense sa mort. Et pour répondre à son désarroi, pour supporter la pensée de sa propre mort, l’homme si avide de vie, dans lequel on retrouve un ardent désir d’éternité, cherche désespérément une source d’information à laquelle il pourra s’accrocher. Les sources d’informations nous enseigne-t-on depuis le siècle des lumières, sont au nombre de deux. L’une s’appelle religion, l’autre s’appelle science14. Notre génération est encore marquée par cette conception que science et religion sont forcément contraires l’une à l’autre et qu’il faut dès lors choisir un camp. Le monde scientifique est influencé par le positivisme15 qui considère qu’un problème scientifiquement insoluble n’est pas un vrai problème. Les problèmes métaphysiques n’ont donc pas besoins d’être posés16 puisqu’ils concernent ce qui est au delà ce qui est perceptible. C’est pour cela que beaucoup d’hommes instruits d’aujourd’hui, surtout dans les milieux scientifiques et techniques, sont convaincus que les sciences permettront de tout connaître, que tout a, ou aura, une explication rationnelle. Dans ce contexte, la foi n’a pas de raison d’être. Elle doit même être combattue comme un obstacle à la véritable connaissance du monde.
Les fameuses questions que se posent les métaphysiciens et auxquelles les positivistes s’interdisent de penser commencent en général par : pourquoi ?
- Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
- Pourquoi la vie existe-t-elle ? Et pourquoi la mort existe-t-elle ?
- Pourquoi suis-je capable de penser ? A quoi cela sert-il ?
Et bien d’autres pourquoi de ce type qui n’ont pas de réponse scientifique à proprement parler, mais auxquelles les sciences nous aident à répondre. Le mot métaphysique, vient du grec méta ta phusika qui littéralement veut dire après la physique ; ainsi la métaphysique doit s’appuyer sur les conclusions de la physique (et des sciences en général) pour répondre aux questions que celle-ci suscite. Chercher à répondre à ces questions en négligeant ce que les scientifiques enseignent est aberrant. Mais refuser de raisonner au delà de ce que l’expérience scientifique nous apprend sur le monde l’est tout autant. Quelques citations17 d’hommes de science vont nous permettre de comprendre que l’affrontement entre science et foi n’a aucune raison d’être.
Isaac Newton (1643-1727) : « La merveilleuse constitution de l’univers avec son harmonie incomparable n’a pu se faire que selon les plans d’un être omniscient et tout puissant. Cela demeure ma plus haute et ultime conviction. »
Alessandro Volta (1745-1827), « j’ai soumis les vérités fondamentales de la foi à l’examen intense de mon esprit, j’ai obtenu des preuves éclatantes de leur véracité ».
Hans Christian Oersted (1777-1851), découvreur de l’existence du champ magnétique induit par les champs électriques : « chaque analyse approfondie de la nature, conduit à la connaissance de Dieu ».
Augustin Cauchy (1789-1857), mathématicien français : « mes convictions sont le résultat non de préjugés de naissance, mais d’un examen approfondi ».
Louis Pasteur (1822-1895), scientifique de génie, a rejeté pendant un temps la nécessité d’un Dieu, avant de se trouver face à l’inexplicable grandeur de la création et de devenir croyant. Il déclara : « Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène ».
Jean-Henri Favre (1823-1915), entomologistes français : « plus je vais, plus j’observe, et plus cette intelligence rayonne derrière le mystère des choses ».
Thomas Edison (1847-1931) écrivit dans le livre d’or de l’exposition universelle au pied de la tour Eiffel à Paris : « j’admire tous les ingénieurs, mais surtout le plus grand d’entre eux : Dieu ».
Hans Spemann (1869-1941), évolutionniste allemand : « je dois avouer que lors de mes travaux, j’ai l’impression d’avoir en face de moi quelqu’un, qui dialogue et qui me dépasse de loin par son intelligence ».
Pierre Lecomte Du Noüy (1883-1947), biologiste français de renom : « Ceux qui sans preuve aucune se sont efforcés systématiquement de détruire l'idée de Dieu ont fait œuvre vile et antiscientifique... Je suis parti dans la vie avec le scepticisme destructeur qui était alors la mode. Il m'a fallu trente années de laboratoire pour parvenir à me convaincre que ceux qui avait le devoir de m'éclairer, ne fût-ce qu'en avouant leur ignorance, m'avaient délibérément menti ».
Max Planck (1858-1947), Physicien Allemand, qui formula la théorie des quanta d’énergie : « Pour le croyant, Dieu se trouve au début, pour le physicien au terme de toute pensée ».
Lucien Cuénot (1896-1951), évolutionniste français déclara dans un article intitulé les soucis métaphysiques d’un naturaliste : « l’univers ne peut se comprendre que s’il est l’acte d’une pensée qui nous dépasse infiniment ».
Albert Einstein (1879-1955), physicien allemand : « à notre époque, généralement voué au matérialisme, les savants sérieux sont les seuls hommes qui soient profondément religieux ». Il dit aussi « l’escalier de la science est l’échelle de Jacob, il ne s’achève qu’aux pieds de Dieu ».
Werner von Braun (1917-1977), ingénieur allemand, « science et religion sont comme des sœurs et non en contradiction ».
On peut donc avoir la foi en la science et en Dieu de manière concomitante.
Notes
11 « Science finds God » ; NEWSWEEK, 27 juillet 1998, p47
12 La finalité pour un biologiste, c’est penser que la vie existe dans un but précis, qu’elle n’est pas due au hasard.
13 Cité par J. ARNOULD ; « Dieu, le singe et le big bang ; quelques défis lancés aux chrétiens par la science » ; Editions du Cerf, 2000
14 J. GUITTON, G. OGDANOV, I. BOGDANOV ; Dieu et la Science ; Ed Grasset & Fasquelle, 1991
15 Le positivisme est une philosophie développée par Auguste Comte dans la première moitié du XIXème siècle.
16 Le dictionnaire cite même ce préjugé sur la métaphysique : Sens péjoratif : Spéculation intellectuelle sur des choses abstraites, et qui n’aboutit pas à une solution des problèmes réels (Petit Larousse 1993).
17 A. LUKASIK ; « En quête de l’absolu, 1001 citations pour réfléchir » ; Ed Nouvelle Alliance, 1993