2 - l'Esprit arrive ! (Ac 2)
Ac 2.1-2.41 - Le jour de la
Pentecôte
La Pentecôte (litt. gr, cinquantième jour) = cinquantième jour après la Pâque des Juifs.
C'était le nom donné par les Juifs grecs à la fête des semaines1 ou fête des moissons2 ou fête des premiers fruits (Ex 23.16 / Lv 23.9-21 / Nb 28.26-30 / Dt 16.9-12).
Elle commémorait le don de l'alliance au Sinaï, et l'appel des Hébreux à devenir le peuple de Dieu.
Tous les hommes juifs adultes vivant à moins de 35 ou 40 km de Jérusalem étaient sensés être présents à la Pâque, à la Pentecôte et à la fête des tabernacles3. Et de nombreux Juifs de la diaspora venaient en pèlerinage à Jérusalem, de toutes les nations. Entre la Pâque et la Pentecôte, la population de Jérusalem pouvait être multipliée par 5 ou 104. Selon Lv 23.21 ou Nb 28.26, le jour de la Pentecôte était chômé ; vous pouvez imaginer le nombre de personnes dans les rues ce jour-là.
Ac 2.1-2.13 - Effusion de l'Esprit
On l'a vu, l'action de l'Esprit Saint est un thème essentiel d'Ac.
Souvent on pense à la Pentecôte et on pense à la « venue » de l'Esprit5.
Mais l'Esprit s'est déjà manifesté dans le passé : L'Esprit n'est pas un nouveau venu !
- Il a parlé par David Ac 1.16
- Il a parlé à travers Esaïe Ac 28.25
- Il était déjà à l’œuvre dans tout l’Ancien Testament mais le peuple s'est opposé à Lui (selon Etienne en Ac 7.51)
Une expérience extra-ordinaire pour les disciples pas juste les apôtres (tous ensemble) à cette Pentecôte de l'an 30 (ou 33). Ils sont dans un même lieu. Il s'agit du temple (Lc 24.53 et ils étaient continuellement dans le temple et bénissaient Dieu). L'Eglise est née au temple ! (rappelez-vous Ezekiel 47.1-12)
L'Esprit s'était déjà manifesté sous forme d'une colombe (Mt 3.16, Mc 1.10, Lc 3.22, Jn 1.32) lors du baptême de Jésus par Jean. Maintenant il se manifeste sous forme d'un violent coup de vent et de langues de feu : difficile de s'imaginer de quoi il s'agit vraiment, mais :
- le vent, dans les Écritures, est associé à l'Esprit. En hébreu esprit et vent sont le même mot ruah.
- le feu, dans l'Ancien Testament représente la puissance : Gn 19 (Sodome & Gomorrhe), Ex 3,2 (buisson ardent), Dt 4.24. Dans le Nouveau Testament le feu est aussi relié au baptême (Ac 1.5, Luc 3,16)6
- les langues7 = diffusion du message dans tous les langages = tour de Babel à l'envers (Gn 11.1-9)
Mais ce qui bouleverse (v7,12) la foule, ce n'est pas la vision des langues de feu (il semble que beaucoup sont arrivés après qu'elles se sont déposées sur les apôtres, et ils parlent comme s’ils ne les voyaient pas).
Ce qui étonne la foule, composée de Juifs de toutes les nations (v5), c'est la prédication dans leurs langues d'origine (maternelles), même s’il est vrai que parler en grec et/ou araméen aurait suffit.
Ac 2.14-2.36 - Discours de Pierre
Pierre est transformé :
- il comprend ce qu'il faut faire au bon moment (ici, arrêter la cacophonie) alors qu'avant il était souvent à côté de la plaque (ex Lc 9.33 Pierre veut préparer une tente pour les prophètes de la transfiguration)
- il est courageux alors que ce n'est pas son caractère (Lc 22.54-62 reniements)
Structure du discours8 : la Bible de Pierre c'est l'Ancien Testament et son sermon est orienté sur la notion d'accomplissement des prophéties qui posaient des difficultés de compréhension aux Juifs.
- accomplissement de la prophétie de Joël : l'Esprit est répandu (c'était le vœu de Moïse Nb 11.29 Puisse tout le peuple de l'Éternel être composé de prophètes, et veuille l'Éternel mettre son Esprit sur eux !)
- Jésus est le véritable héritier de David (qui représente pour les Juifs l'âge d'or du royaume) selon la promesse de Dieu lui-même (2Samuel 7.12 promesse d'une descendance sur le trône) et la prophétie d'Esaïe (Ex 6.9) = le royaume de Dieu est là ! --> Jésus avait dit la même chose en Lc 20.42-44
- Jésus est le Seigneur du Psaume 110.1
- Le messie devait souffrir (Es 53)
- Mais il ne pouvait être retenu par la mort car il n'a jamais péché (Gn 3, voir également Rm 6)
La promesse est semblable à celle faite à Abraham v39 (Gn 12.2) --> Nouvelle Alliance
Un discours fondamental (car il donne les principes fondamentaux)
- il se passe à la Pentecôte qui commémore l'Alliance = une nouvelle alliance = une nouvelle création
c'est l'accomplissement de la prophétie de Joël sur « Le jour du Seigneur, ce jour grand et magnifique » qui est enfin arrivé. Pierre fait parler l'Ecriture au présent = effet de l'Esprit.
- il contient tous les principes fondamentaux : les clés du royaume (Mt 16.19, Lc 11.52) :Pierre a les clés et il ouvre la porte
Ce discours explique comment9 invoquer le nom du
Seigneur pour être sauvé :
* croire = Jésus accrédité par Dieu (v22)
Jésus crucifié = plan de Dieu (v23 scandale pour les Juifs 1Cor 1.23 car croix = échec)
Jésus ressuscité (v24, 31, 32)
Jésus Seigneur (v25-28, 34-36)
* se repentir (v38) car nous sommes tous coupables de sa mort, même si nous n'y étions pas (v36)
* être baptisé (v38) pour le pardon des péchés (Jean Baptiste) et la réception de l'Esprit (Ez 36.25ss)
* persévérer (promesse qui dure...), se sauver d'une génération (perverse)
Ac 2.37-2.41 - Réception du message
Ce passage présente sous forme de questions / réponses les principes essentiels de la réception du message de l'Evangile :
- un cœur touché
- se repentir
- recevoir le baptême, au nom de Jésus, pour (gr eis = afin que et non à cause de ) le pardon
- la réception de l'Esprit SaintCela peut décevoir, mais ce passage n'est pas suffisant10 (mais utile) pour prouver qu'il faut être baptisé pour être sauvé. C'est pourquoi on reverra plus en détail la théologie du/des baptême(s)11 lorsqu'on abordera la conversion de Corneille aux chapitres 10 et 11.
Littéralement, le verbe grec metanoein (meta = de l'autre côté, là-bas ; noein = penser) signifie « changer d'esprit, de façon de penser, de perspective ». Pierre insiste en exhortant ses auditeurs à se sauver de cette génération perverse.
Dans l'esprit de ce qu Pierre annonce, la promesse du pardon des péchés et de la réception de l'Esprit est valable à partir de cet instant fondateur, pour tous et en tout temps.
Luc explique que cette prédication a permis à environ « 3 myriades = 3000 » personnes de recevoir le baptême. Beaucoup de commentaires ont été faits sur ce chiffre. 1000 = beaucoup, 3 = parfait.
Ac 2.42-2.47 - Vie communautaire à Jérusalem
C'est la suite de la réception du message : une fois converti, il s'agit de persévérer. Le verset 42 est développé dans les versets 43 à 47. Ces 6 versets forment un résumé : après des événements bien précis (résurrection, ascension, remplacement de Judas par Matthias, attente, Pentecôte), Luc décrit maintenant la vie quotidienne de ces convertis. Il en profite pour donner aussi une théologie de l'Église qui commence avec la notion d'assiduité ou de persévérance.
a) notion de koinonia (communion, communauté).
Ce mot est très largement utilisé dans le NT12. Les croyants en Jésus (qu'on n’appelle pas encore « chrétiens ») constituèrent un groupe dont les membres ressentaient qu'ils avaient beaucoup en commun.
Former une communauté spirituelle conduit ces croyants à former une communauté physique pour laquelle chacun met ses biens matériels à disposition des besoins communs.
Pour Luc la richesse et les biens matériels représentent un thème important. Pour lui, la richesse peut être un danger spirituel13, tant pour les individus que pour la koinonia. C'est ce que l'épisode d'Ananias et Saphira nous rappellera.
b) la fraction du pain.
Ac nous montre les disciples qui se rendent quotidiennement au temple (Ac 2.46, 3.1). Nous avons donc là la description d'une communauté juive qui continue de vivre le judaïsme mais qui se retrouve pour rompre le pain dans les maisons lors de (vrais) repas en commun. Il s'agissait à ce moment-là d'un moment « privé » auquel n’assistaient pas les Juifs qui ne croyaient pas en Jésus Messie.
c) La prière
Luc nous dit comment priaient les disciples : ils louaient Dieu. Leur assiduité/persévérance dans la prière étonnait les autres Juifs qui voyaient cette nouvelle croyance favorablement. Et cela attirait.
d) L'enseignement des apôtres
C'était un enseignement basé sur les Ecritures. C'est à dire sur l'Ancien Testament. Jésus avait montré qu'il était le Christ, il avait prêché ce qu'est vraiment le royaume de Dieu, il avait expliqué ce qu'est un disciple, il a montré un exemple parfait, et est mort et ressuscité et même monté au ciel (Ac 2.33).
On l'a vu : les 40 jours entre résurrection et ascension ont été pour les apôtres l'occasion de comprendre les Ecritures (Lc 24.45). L'enseignement des apôtres devient la prédication de l'Ancien Testament à la lumière14 de la vie, l'enseignement, la mort et la résurrection de Jésus.
Ces quatre traits caractéristiques de la vie des premiers chrétiens à Jérusalem que Luc met en avant montrent à la fois une continuité avec le judaïsme et un début de différenciation.
Ce qui caractérisait ces Juifs-croyants-en-Jésus-Messie c'est qu'ils étaient PASSIONNES ! Par Jésus et par la koinonia. Pas par des programmes d'évangélisation ou de charité ! C'est cette passion qui doit être notre modèle. C'est un principe. C'est ce que la Bible nous enseigne.
CONCLUSION – l'Esprit et le royaume de Dieu
Après la Pentecôte, l'Esprit de Dieu est disponible à tous car il a été répandu (v17 et v33) selon le vœu de Moïse (Nb 11.29) et la promesse des prophètes (Joël 3.1-5) et de Jésus (Lc 24.49, Jn 15.26).
Le royaume de Dieu, invisible (Lc 17.20-21), sans frontière (Jn 18.36), avec Jésus comme roi dans le ciel (Ac 2.30) est établi ! Lc 12.31 dans la NBS = cherchez d'abord le règne de Dieu...
Chercher le royaume = chercher le règne = chercher à ce que Dieu règne sur moi.
Le Nouveau Testament, c'est-à-dire la Nouvelle Alliance, commence véritablement en Ac 2 (Jésus était sous la loi Ga 4.4).
Nous aussi nous devons « changer de perspective » et comprendre que pour faire partie du royaume spirituel de Dieu il ne s'agit pas de chercher autre chose que le désir d'obéir à Jésus (= être spirituel).
Notes
1 Fête ayant lieu sept semaines après la Pâque, c'est-à-dire une semaine de semaines après la Pâque.
2 Car elle avait lieu juste avant que ne commencent les premières moissons, au début du mois correspondant à juin dans nos calendriers. Cette fête permettait d'offrir « les prémices » des récoltes à Dieu avec l'idée que Dieu allait ouvrir les écluses du ciel (Mal 3.10) pour une bonne récolte. C'est une image qui est reprise par Jésus en Jn 4.35.
3 Fêtes des tabernacles ou 2eme fête des récoltes (à la fin des récoltes et des vendanges) ou fête des tentes, qui célébrait le souvenir de l'Exode et des 40 ans au désert.
4 On estime la population permanente à Jérusalem au temps de Jésus à environ 20 à 30 000 personnes.
5 C'est par exemple le titre donné par la NBS au passage Ac 2.1-13 ! Cela peut nous influencer dans notre interprétation. Attention les titres ne font pas partie du texte original.
6 Attention de ne pas faire une herméneutique trop rapide en concluant que baptême d'eau et d'esprit peuvent être séparés. Nous étudierons le thème du baptême un peu plus loin quand nous étudierons la rencontre de Pierre avec Corneille.
7 L'écrivain juif Philon d'Alexandrie (contemporain du Nouveau Testament) avait décrit le don des paroles de Dieu par des anges à Moïse au Sinaï. Peut-être Luc avait-il connaissance de cette description.
8 Certains spécialistes accusent Luc de collusion : Luc a-t-il mis dans la bouche de Pierre des paroles de Paul ? Si on étudie bien 1 Pierre (on n'utilisera que cette épître-ci dont les spécialistes sont quasi unanimes pour dire qu'elle est de Pierre), on saisit que Pierre et Paul étaient sur la même longueur d'onde. Luc n'a pas trahi Pierre. Encore une fois, ce discours est un résumé de ce que Pierre a dit. Le véritable discours devait être plus long avec des questions, comme celles du v37.
9 Ceux qui pensent que le baptême n'est pas essentiel au salut sont les premiers à utiliser ce passage littéralement alors qu'ils refusent d'utiliser littéralement le verset 38 qui pourtant fait partie du même discours de Pierre.
10 D'une manière générale, un seul passage ne suffit pas à établir un principe fondamental
11 Baptême de repentance, baptême d'eau, baptême dans l'Esprit Saint
12 1seule fois en Ac mais sous formes dérivées, plusieurs fois.
13 Voir Lc 1.53, 6.24, 12.20-21, 16.22-23
14 Ceci doit toujours être notre but en étudiant les Ecritures, même l'Ancien Testament : rester centré sur le Christ.